La gestion d'un tireur incontrôlé

INTRODUCTION

Si le terme Serial Killer se comprend parfaitement en français et a trouvé une traduction compréhensible (tueur en série), le Mass Murderer est le plus souvent ignoré et la version française se fait toujours attendre.

Pour autant, le phénomène s'est peu à peu imposé au fil des dernières années pour les criminologues, les forces de sécurité et les médias.

Techniquement parlant, le sujet, par la violence immédiate de son action et le faible temps de réactivité offert aux forces de police, n'a pas fait l'objet, en France notamment, de réflexions approfondies.

Si l'on peut trouver de nombreux ouvrages d'analyse ou de réponses opérationnelles sur les prises d'otages ou les crimes en série, on peut s'étonner de l'absence presque totale d'éléments sur la question abordée dans l’analyse de la fiche ci-après.

Il serait évidemment injuste de sous-estimer les réflexions menées par la DFPN, le RAID ou le GIGN à partir de retours d'expériences françaises ou étrangères. Mais le moment semble venu de réfléchir à un dispositif plus important de formation qui permettrait de fournir les éléments de compréhension et de réaction rapide à toutes les forces de terrain.

Alain BAUER Criminologue

LA GESTION D’UN TIREUR INCONTRÔLÉ

Il n’existe pas de définition satisfaisante actuellement en France (et dans les pays francophones) pour désigner un individu qui se livre à une tuerie, sur la voie publique ou à l’intérieur d’un établissement, apparemment sans motif (autre que pathologique) et surtout sans revendication, donc sans possibilité de négociation. La presse utilise à ce sujet souvent le terme impropre de « Tireur fou ».

Rappel de quelques faits

Lundi 16 avril 2007 vers 7 heures, un individu qui s’est infiltré dans un dortoir du campus de Virginia Tech à Blacksburg, en Virginie (USA), commence à tirer sur des élèves. Environ 2 heures plus tard, il continuera dans un bâtiment d’études. Au total, Cho-Seung-Hui, étudiant lui-même du campus, abattra plus de 30 élèves.

Ce drame fait partie des derniers en date d’une longue série, dont le point d’orgue était jusqu’alors le massacre de Columbine, dans le Colorado, où 2 lycéens (Harris et Klebold) avaient abattu de sang froid, une quinzaine de leurs camarades, le 20 avril 1999.

Ils avaient utilisé pour cela 2 fusils de chasse, une carabine, un pistolet automatique de calibre 9 mm, mais également 45 bombes artisanales et au moins 2 bombes de propane de 20 livres. Cet événement effroyable a inspiré, non seulement un réalisateur de cinéma, mais a également donné naissance à un jeu vidéo !

L’auteur d’une fusillade (Kimveer Gil) le 13 septembre 2006, au collège Dawson, dans le centre de Montréal (1 mort, 19 blessés) aurait d’ailleurs affirmé aimer jouer à ce jeu sur Internet…

San Isidro, Californie, le18 juillet 1984 : un garde de sécurité sans emploi pénètre armé dans un restaurant Mc Donalds. Il tue 20 personnes et en blesse 16 avant qu’un tireur d’élite ne l’abatte. Plusieurs voitures de police sont rapidement arrivées sur les lieux et plus de dix policiers attendaient le groupe spécial d’intervention, tapis derrière leurs voitures…

Austin, Texas, le 1er août 1966 : un homme armé d’un fusil tue 15 personnes et en blesse 31depuis la tour du stade de football. Un policier municipal et un sheriff, tous deux non en service neutralisent finalement le criminel. Cet évènement sera à la base de la création des équipes SWAT aux États-Unis.

Si les États Unis détiennent la palme dans ce domaine1, d’autres pays sont également touchés parmi lesquels le Canada, le Japon et l’Europe.

Aux Etats-Unis, de 1966 à 2006, pas moins de 13 fusillades, rien que dans des écoles. Ces « School shooting » font 48 morts entre 1997 et 2005 (Libération 16 avril 2007).

À titre d’exemple :

- Canada, Montréal, le 6 décembre 1989 : un homme s’introduit à l’École Polytechnique de l’université de Montréal. Il sépare les hommes des femmes et ouvre le feu sur les femmes, en tuant 14. Il se suicide ensuite.

- Angleterre, Dunblane, le 13 mars 1996 : 16 morts.

- Suisse, parlement de Zug, le 27 septembre 2001 : 15 victimes.

- France, Nanterre, le 27 mars 2002, Richard Durn tire au cours d’un conseil municipal, tuant 8 personnes et en blessant 19.

- Allemagne, tuerie au collège de Hambourg, le 26 avril 2002 : 14 élèves sont tués par un ancien élève de 17 ans qui se suicide.

- Japon, Tokyo, mars 2003 : un homme de 51 ans pénètre dans une garderie et égorge 11 enfants âgés de 3 à 5 ans. La police municipale arrive immédiatement sur les lieux, encercle le bâtiment et attend l’arrivée du groupe tactique.

Date de dernière mise à jour : Mer 15 Fév 2012